Un voyage
Vous pouvez facilement lire des ebooks sur votre Kobo , ou sur votre smartphone avec l'application bol.com Kobo . Les ebooks ne peuvent pas être annulés ou retournés.
Résumé
UN VOYAGE
J’ai toujours senti de la tendresse pour ce voyageur légendaire : dès son entrée à l’auberge, il est frappé par les cheveux de la servante et, saisissant un carnet, il note aussitôt que toutes les femmes du pays sont rousses.
J’aime le brave garçon, comme on aime ces mythes dans lesquels on retrouve un peu de son âme. Naïf, curieux, pressé, également avide de nouveautés et de certitudes, n’est-il pas sympathique ? Sans doute, la chose qu’il aperçoit lui cache toutes les autres, mais comme il la voit bien ! Sans doute il dit mainte bêtise, mais comme il s’amuse !
Les vrais voyageurs, ce ne sont pas les grands artistes, habiles à choisir parmi les aspects du monde, celui qui permettra l’ample développement de leur manière ; ni les penseurs qui emportent dans leur malle une idée toute construite et dont, suivant le conseil de Taine, ils cherchent la vérification au delà des monts et des mers. Ce ne sont pas non plus les personnes qui partent pour oublier, ni celles qui voyagent par élégance spirituelle. Non, le vrai voyageur, c’est lui, le bon sot !
Ne le traitez pas avec trop de mépris. D’abord, les femmes du pays sont peut-être rousses, qu’en sait-on ? Et, ne fait-il pas mieux de l’affirmer que de lire obstinément Baedecker sans regarder si les cheveux de celle qui met la table ont la couleur des braises et du soleil couchant ?
Il n’est pas malin, je l’accorde : il est attentif, fervent — et il vit.
Pourquoi serait-il tenu d’instruire les gens ? Veulent-ils savoir la vérité ? Qu’ils aillent eux-mêmes examiner comment les choses se passent ! Le chimérique voyageur aura fait son devoir si, — malgré les conclusions déraisonnables qu’il tire parfois de ce qui l’émeut — ses pauvres notes donnent, à un seul, l’envie de partir pour chercher au long des routes ces « vastes voluptés changeantes, inconnues, et dont l’esprit humain n’a jamais su le nom » : les plaisirs pensifs, joyeux, tristes, pénétrants, enivrants du voyage.
Ainsi soit-il !
BELGIQUE HOLLANDE
BRUGES
On ne saisit pas d’abord la mélancolie illustre, mais, au contraire, la gaieté douce de Bruges.
La vie moderne se niche avec souplesse dans les volutes du beau vieux coquillage côtelé, ondulé, sculpté précieusement. Le vent marin, après avoir soulevé les hautes vagues dangereuses, éparpillé leur écume, se calme en passant sur les foins et les feuilles. Il arrive là saturé d’aromes qui ensemble vivifient et apaisent. Avec du sel et des parfums il porte l’image des aventures lointaines et un désir paresseux de les entendre, parmi les verdures sombres, près des géraniums au rouge obstiné, tranquillement assis dans un jardin où s’égouttent les carillons d’argent incertains et délicieux…
Quand, après quelque excursion hors de la ville on y revient le soir, le vent musical et odorant, qui est là et point ailleurs, vous enveloppe comme s’il vous aimait. Il a l’éloquence de ces parfums habituels installés autour d’une femme, endormis par son immobilité, s’exaltant au moindre geste et qui font partie de sa grâce, même dirait-on, de sa pensée.
Air exquis, dans lequel, pour être heureux, il suffit de se taire…
Par les rues, en France, en Italie, en Espagne, en Angleterre, constamment on croise des regards qui vous raniment dans la mémoire les féroces anecdotes du passé. L’irritation brève d’un coudoiement, une dispute, mettent aux prunelles des lueurs où bouge encore l’histoire tragique de la race. Et on croit apercevoir chez le passant inoffensif, la possibilité d’une violence, identique à la violence des ancêtres. Rien de tel chez les passants de Bruges. Pourtant la ville garde sa physionomie ancienne, à tel point que l’esprit refuse d’enregistrer les manifestations de la vie actuelle. Il y a des tramways et, je crois bien, des cinématographes ; on ne se rappelle que, à l’ombre des églises, les rues désertes, où chaque pas du promeneur s’entend, et attire des visages aux carrés des petites fenêtres. Le présent est l’intrus. Ce décor irrésistible doit, semble-t-il, avoir maintenu rigidement la forme des âmes ? Peut-être… Mais où retrouver ces terribles gens qui emprisonnaient leur prince pour le faire obéir, – le poignardaient à l’occasion, jetaient les vaincus du haut de leur admirable beffroi, s’assemblaient avec une fureur rapide, unanime et sombre, pour défendre leur travail, leurs libertés et leur orgueil ? Comment discerner la moindre trace de ces forces cruelles dans la placide finesse, la bonhomie des visages ?
Cependant, quelque chose du passé se retrouve… Sous les hautes nefs, parmi le calme embaumé des sanctuaires, on aperçoit souvent, très souvent, des regards patients et pieux, pareils aux regards des donateurs, amoureux de la Vierge, et que les vieux peintres agenouillaient au bas de leurs tableaux. Ces yeux que des certitudes passionnées attachent à un idéal invincible, ils vous hantent aux minutes où on goûte jusqu’en son extrémité le charme de la ville. C’est qu’on y a vu palpiter un peu de son âme ancienne… L’instinct de batailles et de meurtre s’est endormi, le cœur d’amour dure et veille, mêlé à l’atmosphère dont il approfondit la rêveuse sérénité.
Spécifications produit
Contenu
Options de lecture
Informations sur le fabricant
Autres spécifications
EAN
Sécurité des produits
Vous trouverez cet article :
Des documents
Commentaires
Choisissez la version souhaitée
Ebook utilisable dès son achat
Les ebooks offrent plein d'avantages
Garantie légale via bol
Service client 24h/24
Paiement sécurisé
- Vous ne pouvez pas annuler ou retourner des éléments téléchargés. Pour les produits qui ne sont pas encore parus, vous pouvez annuler jusqu'à la date de publication.














